
Mettre fin au changement d’heure ne règlerait que la moitié de la question : il faudrait encore opter soit pour l’heure d’hiver, soit pour l’heure d’été permanente. Selon cette équipe de chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique (Vancouver, Canada) en psychiatrie, chronobiologie, économie et santé publique, publiée dans la revue CMAJ, les données de santé plaident pour l’heure d’hiver. Cette prise de position n’apporte pas de données nouvelles, mais fait la synthèse des arguments, à quelques semaines du prochain changement d’heure en France.
La recherche est menée au Canada, où plusieurs provinces envisagent déjà de supprimer le changement d’heure biannuel. Le débat existe depuis longtemps en Europe : le Parlement européen a voté sa suppression en 2019, mais le dossier reste bloqué au Conseil, faute d’accord entre États membres sur l’heure à conserver.
L’heure d’été permanente offre des soirées plus lumineuses,
propices aux loisirs, à la vie sociale et à certaines activités économiques.
Mais elle peut entraîner des effets sur la santé, en particulier car alors qu’elle retarde le lever du soleil d’une heure, en hiver davantage de personnes se lèvent, partent à l’école ou au travail dans l’obscurité.
L’un des auteurs principaux, le Dr Raymond Lam, professeur de psychiatrie à l’Université de la Colombie-Britannique résume : « Les données de santé plaident pour l’heure d’hiver ou « normale », parce que
la lumière du matin compte pour nos horloges biologiques, notre sommeil et notre humeur ».
La lumière du matin et du lever au cœur de la décision
L’étude, menée par des experts pluridisciplinaires passe en revue les données sur les effets de l’heure légale sur la santé et les expériences de ces différents horaires dans plusieurs pays. Parmi les principales conclusions :
- la lumière du matin synchronise l’horloge circadienne, alors que celle du soir la retarde ;
- l’heure d’été permanente réduit précisément la lumière matinale en hiver ;
- les personnes vivant à l’ouest d’un fuseau horaire, où le soleil se lève plus tard à l’horloge, subissent, avec l’heure d’été, plusieurs effets défavorables sur leur santé ;
- les enfants et les adolescents semblent les plus exposés à ces effets néfastes de l’heure d’été ;
- les auteurs rappellent que les États-Unis en 1974, la Russie en 2011 et le Chili en 2015 ont adopté l’heure d’été permanente avant d’y renoncer, notamment face à l’obscurité des matinées d’hiver.
Quelles implications ?
Les auteurs reconnaissent les avantages de l’heure d’été permanente : des soirées plus lumineuses facilitent l’activité physique et la vie sociale. Quel que soit le choix, ils recommandent d’en surveiller les effets. En cas d’heure d’été permanente, ils plaident pour sécuriser les trajets matinaux, assouplir les horaires scolaires et professionnels, et suivre le sommeil, la santé mentale et les accidents.
Cependant, en France, sur la majeure partie du pays, l’heure légale d’hiver a déjà environ 1 heure d’avance sur l’heure solaire, et l’heure d’été environ 2 heures. Une heure d’été permanente y accentuerait donc encore le déficit de lumière matinale en hiver.
En attendant une décision européenne,
le prochain changement d’heure aura lieu dans la nuit du 24 au 25 octobre 2026.
« Pendant des années, nous nous sommes demandé s’il fallait arrêter de changer d’heure. La question la plus importante est désormais : que se passe-t-il le lendemain matin ? ».
Bref une décision de santé publique qui reste à prendre.
Source: CMAJ Oct 5, 2026 DOI: 10.1503/cmaj.261089 Analysis of health impacts associated with adopting permanent standard time or permanent daylight saving time to inform policy in Canada

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