
La supériorité de la main dominante pour les tâches motrices complexes s’explique plus par la pratique que par un hémisphère cérébral dominant qui possèderait une spécialisation innée pour le contrôle moteur, révèle cette étude de neuroscientifiques de la David Geffen School of Medicine, UCLA (Los Angeles). Des conclusions publiées dans les Actes de l’Académie des Sciences américaine, avec des implications pour la rééducation des survivants d’AVC et l’apprentissage moteur.
Pourquoi la main dominante est-elle si supérieure pour écrire, lancer ou encore manier des outils ?
L’hypothèse standard en neurosciences soutient que l’hémisphère cérébral dominant possède des spécialisations/connexions intrinsèques le rendant naturellement meilleur pour le contrôle moteur qualifié. Cette hypothèse sous-entend une préférence latérale qui se développe in utero, cependant les bases de la supériorité de la main dominante restent débattues.
L’un des auteurs principaux, le Dr Ahmet Arac, neurologue et professeur de neurologie à l’UCLA, déclare : « Le bras dominant n’est pas supérieur uniquement parce qu’un hémisphère du cerveau est meilleur pour contrôler le mouvement. C’est plutôt parce que nous avons passé une vie à pratiquer les mouvements spécifiques et complexes que les outils et l’écriture exigent. Supprimez cette pratique en tentant de renouveler ces mouvements avec une autre partie du corps comme le coude, par exemple qui n’a jamais effectué la tâche auparavant, et cet avantage disparaît ».
L’étude est menée auprès d’adultes en bonne santé dont les mouvements des bras ont été suivis par caméras de capture de mouvement dans 3 conditions (atteinte normale, atteinte avec un poids de 4 livres au poignet, atteinte avec un bâton léger attaché à l’avant-bras mimant l’utilisation d’un outil), ainsi que via une expérience où les participants devaient écrire avec leur main puis avec un stylo attaché à leur coude. Ces observations et expériences révèlent que :
- lors d’une atteinte simple, et même avec un poids ajouté rendant le mouvement physiquement plus difficile, les bras dominant et non dominant performent de façon similaire ;
- lorsque le bâton est ajouté, nécessitant le type de trajectoire courbe et contrôlée requis pour utiliser l’outil, le bras dominant surpasse clairement le bras non dominant ;
- lorsque les participants écrivent avec leur coude au lieu de leur main, l’avantage habituel du côté dominant disparaît complètement, les 2 coudes écrivant tous les 2 mal au départ ;
- après pratique, le coude dominant et le coude non dominant s’améliorent à l’identique, et tous 2 deviennent meilleurs que la main non dominante n’avait jamais été ;
- la supériorité de la main dominante est donc liée aux mouvements complexes et aux courbes spécifiques développés par une vie d’utilisation d’outils et d’écriture,
-
et non à un câblage cérébral intrinsèquement supérieur.
Quelles implications ? Ces résultats suggèrent que la récupération post-AVC ou autre lésion cérébrale pourrait bénéficier d’une rééducation ciblant la pratique spécifique des mouvements complexes avec le membre affecté,
plutôt que d’accepter une infériorité supposée innée.
Ces données invitent également à reconsidérer comment les représentations cérébrales du mouvement sont acquises et organisées.
Source: PNAS June 30, 2026 DOI: 10.1073/pnas.2601569123 Arm dominance is an emergent effect of practice executing complex trajectory shapes required by tools and objects
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