
Une dose nasale unique d’un adjuvant vaccinal, le K3-SPG, stimule l’immunité innée et protège contre la grippe et le SARS-CoV-2 pendant plusieurs semaines, sans cibler de virus particulier. Cette étude d’immunologie préclinique, menée par une équipe d’immunologues de l’Université de Tokyo (Japon), publiée dans la revue Science Advances, explore une piste de protection temporaire en attendant un vaccin, en cas de pandémie.
Lors de la pandémie de COVID, les vaccins ont été mis au point en un temps record. Pendant plusieurs mois pourtant, aucune protection spécifique n’était disponible face au nouveau virus.
L’immunité innée, première ligne de défense de l’organisme, réagit sans avoir besoin de reconnaître un agent pathogène précis. Certains stimuli peuvent la rendre plus réactive pendant un temps, un phénomène appelé immunité entraînée. On ignore toutefois combien de temps dure cette protection dans les voies respiratoires, et quelles cellules l’entretiennent.
L’auteur principal, le Pr Ken Ishii, de la division des sciences vaccinales de l’Université de Tokyo, souligne : « Nos travaux identifient des mécanismes par lesquels les adjuvants vaccinaux peuvent induire une immunité innée protectrice contre les infections virales respiratoires.
Les adjuvants pourraient avoir des applications au-delà de leur rôle traditionnel,
qui est de renforcer la réponse aux vaccins ».
Une protection qui limite les lésions plus que l’infection et le virus
L’étude, menée chez la souris, évalue une dose unique d’un adjuvant, K3-SPG, administrée par voie nasale, sous-cutanée ou intraveineuse, avant une infection par le virus de la grippe A ou le SARS-CoV-2. Cet adjuvant associe un court fragment d’ADN synthétique, qui active un récepteur de l’immunité innée appelé TLR9, à un sucre complexe, le schizophyllane. L’analyse révèle que :
- une dose nasale unique réduit la perte de poids et améliore la survie des souris infectées par la grippe A ;
-
la protection reste détectable 100 jours après le traitement, tout en s’atténuant ;
- elle protège aussi contre le SARS-CoV-2 dans un modèle de souris sensibles à ce virus ;
- la voie nasale protège davantage que les voies sous-cutanée et intraveineuse ;
- la quantité de virus dans les poumons n’est pas nettement réduite :
- l’adjuvant aide surtout l’organisme à tolérer l’infection et à limiter les lésions,
- en mobilisant d’abord les macrophages, puis des cellules lymphoïdes innées, dont certaines gardent une empreinte durable au niveau de la chromatine.
Quelles implications ? Ces résultats, obtenus chez la souris, ne montrent pas que cet adjuvant, le K3-SPG protégerait l’humain. Le récepteur TLR9 ne se comporte pas de la même façon chez l’Homme et chez la souris, et la tolérance, l’efficacité et le mode d’administration par voie respiratoire restent à évaluer. Le virus n’étant pas éliminé plus vite, la question de sa transmission par des personnes ainsi protégées resterait par ailleurs entière.
Selon les auteurs, une telle approche, qui ne nécessite pas de connaître le virus à l’avance, pourrait offrir
une protection supplémentaire pendant la mise au point des vaccins spécifiques,
en complément des efforts internationaux de préparation aux pandémies.
Aucun traitement de ce type n’existe aujourd’hui. La prévention des infections respiratoires repose sur la vaccination, contre la grippe et le Covid-19 notamment chez les personnes à risque, et sur les gestes barrières.
Cependant, stimuler l’immunité innée pour gagner du temps face à un virus inconnu est une piste à creuser, chez l’Homme.

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