
Précisément, vivre dans un quartier défavorisé impacte aussi la composition du microbiote intestinal avec des effets néfastes sur la santé. Cette recherche, menée par une équipe de biologistes et de gastroentérologues du King’s College London et de l’Université de Nottingham, révèle, dans la revue npj Biofilms and Microbiomes, que les personnes vivant dans des zones défavorisées présentent une moindre diversité bactérienne intestinale.
Ces personnes appartenant à des communautés plus défavorisées possèdent moins de bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte, des bactéries essentielles pour réduire l’inflammation et réguler le métabolisme énergétique. Ces différences dans la composition du microbiote intestinal sont associées à
des conséquences néfastes sur la santé, notamment sur la santé mentale et métabolique, sur le système immunitaire et l’humeur.
L’étude met notamment en évidence ce lien entre une résidence dans une zone défavorisée, un microbiote intestinal déséquilibré, et des troubles de santé mentale tels que l’anxiété. Les chercheurs ont analysé la flore intestinale de 1.390 participants jumeaux de la base de données TwinsUK et ont pris en compte leur code postal de résidence et l’indice de Townsend, un outil reconnu d’évaluation de la précarité. Cet indice mesure la précarité à l’aide d’indicateurs concrets tels que le chômage, la densité de population, et la possession d’un logement ou d’une voiture. L’analyse révèle :
- 12 espèces bactériennes associées à la vie dans ces zones plus défavorisées ;
- 2 d’entre elles, Lawsonibacter et Intestinimonas massiliensis, sont négativement corrélées non seulement à la précarité, mais aussi à des taux plus élevés d’anxiété et de diabète ;
- ces 2 bactéries produisent normalement du butyrate, une substance bénéfique pour l’intestin qui contribue à la régulation de la glycémie, à l’équilibre énergétique et à la communication entre l’intestin et le cerveau ;
- les modifications de niveaux de ces bactéries contribuent à expliquer comment les inégalités sociales affectent la santé mentale et physique.
Pris ensemble, ces résultats suggèrent que le microbiote intestinal joue bien un rôle dans les liens entre précarité sociale et problèmes de santé.
Quelles implications ? Les chercheurs espèrent que des interventions telles que l’accès à des aliments et des régimes riches en fibres favorisant les bactéries productrices de butyrate, et des approches probiotiques ciblées pour améliorer la santé intestinale, contribuent à atténuer certains
des effets néfastes du stress socio-économique sur le bien-être mental et physique.
L’un des auteurs principaux, le Dr Cristina Menni, maître de conférences en épidémiologie moléculaire au King’s College de Londres, conclut : « Bien que ce domaine de recherche soit encore émergent, nous savons que
la diversité des bactéries intestinales joue un rôle important sur la santé globale.
Nos résultats suggèrent que les personnes vivant dans les zones les plus défavorisées peuvent présenter un microbiote intestinal moins diversifié, ce qui affecte alors d’autres aspects de leur santé. Nous espérons que ces conclusions inciteront à de nouvelles interventions favorisant la santé intestinale ».
« Le microbiome intestinal pourrait être l’un des moyens par lesquels notre environnement et notre situation sociale, comme le stress chronique, les difficultés financières et l’accès à une alimentation saine, affectent à la fois notre santé mentale et notre santé métabolique. Ces microbes, à leur tour, influencent la façon dont le corps traite l’énergie et communique avec le cerveau. En d’autres termes, les bactéries présentes dans notre intestin pourraient aider à expliquer comment notre lieu de vie et les stress auxquels nous sommes confrontés façonnent notre bien-être général ».
Source: npj Biofilms and Microbiomes 25 Feb, 2026 DOI : 10.1038/s41522-026-00917-9 Gut microbiome composition and function reflect socioeconomic deprivation
- Plus sur la Précarité
- Lire aussi : La PRÉCARITÉ induit des changements cérébraux profonds

Commentaires récents