
Le télétravail généralisé après la pandémie de COVID-19 a entraîné des augmentations du temps passé seul, une dégradation du bien-être mental sur plusieurs indicateurs et une hausse du recours aux services de soins en santé mentale, conclut cette large analyse de données, menée sur plus de 10 années et publiée dans la revue Science. Les effets sont particulièrement prononcés chez les personnes vivant déjà seules, suggérant que le télétravail entraîne même des coûts mesurables à l’échelle de la population au-delà de la seule productivité.
Cette transformation rapide et massive des conditions de travail, avec un recours généralisé au télétravail dans les emplois compatibles avec ce mode d’organisation a déjà donné lieu à des recherches sur son impact sur la santé mentale, mais avec des résultats contradictoires.
Cette étude apporte une analyse comparative à grande échelle, en excluant délibérément les années aiguës de la pandémie (2020-2021) pour distinguer les effets propres au télétravail de ceux liés à la crise sanitaire elle-même.
« Dans toute une gamme d’organisations de télétravail, les individus comme les organisations pourraient vouloir
donner la priorité à rendre le télétravail moins isolant,
par exemple en le coordonnant avec des journées au bureau ou en encourageant les interactions informelles, y compris en ligne ».
L’étude, menée auprès de 568.000 participants de 5 enquêtes représentatives (américaines) menées sur une période de plus de 10 ans, a comparé les expériences des travailleurs occupant des emplois compatibles avec le télétravail avant la pandémie (2011-2019) avec la période post-pic (2022-2024). Cette analyse révèle que :
- les travailleurs dans des emplois compatibles avec le télétravail ont connu des augmentations substantiellement plus importantes du temps passé seul après la pandémie vs avant ;
- le bien-être mental s’est dégradé sur plusieurs indicateurs dans ce groupe ;
- le recours aux services de santé mentale et aux prescriptions a augmenté chez ces personnes ;
-
ces effets sont particulièrement prononcés chez les personnes vivant seules ;
- enfin, les données s’arrêtant en 2024, les adaptations à long terme des travailleurs, comme le développement de réseaux sociaux hors travail, peuvent ne pas être encore pleinement comprises.
Quelles implications ? On sait que la solitude et l’isolement induisent des coûts de santé. Ces résultats invitent donc les organisations à considérer l’isolement comme un effet secondaire systémique du télétravail et à mettre en place des stratégies actives pour maintenir les liens sociaux, y compris en ligne.
Source: Science June 4, 2026 DOI : 10.1126/science.aec7671 Remote work, time alone, and mental health: a population-level analysis of post-pandemic trends
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