
Le nourrisson développe très tôt des comportements d’aide, mais il ne mobilise pas les mêmes ressources s’il aide un proche ou un inconnu. Ces travaux, menés par des psychologues de la Ludwig-Maximilians-Universität (Münich, Allemagne) et publiés dans la revue Child Development apportent une nuance qui devrait infléchir autant les pratiques parentales que les interventions en éducation précoce.
Les comportements d’aide chez le nourrisson interviennent de manière très précoce dans le développement de l’Enfant, mais selon des trajectoires distinctes selon que l’enfant aide ses parents, son soignant habituel, ou un adulte inconnu. Car ces comportements mobilisent, dans ces 2 situations, des compétences différentes.
L’auteur principal, Natalie Christner, chercheur à la Ludwig-Maximilians-Universität, note : « nous avons été surpris que le comportement d’aide envers le parent ou le soignant habituel et envers une personne inconnue soit associé à des capacités et des expériences totalement différentes ».
L’étude est menée auprès de 118 paires mère-nourrisson suivies à 6, 10 et 14 mois. Les chercheurs ont évalué les interactions mère-enfant en jeu libre, le développement moteur via rapport parental, la compréhension sociale des nourrissons via eye-tracking, et les comportements d’aide envers l’expérimentatrice (ramasser des objets tombés d’un plateau) et envers la mère lors de tâches partagées (plier des vêtements, ranger des livres).
Un apprentissage précoce de l’aide : dès leur premier anniversaire, les nourrissons commencent à manifester des comportements d’aide spontanés : glisser le bras dans une manche lors de l’habillage, ramasser un objet tombé, aider à ranger des livres. Ces comportements prosociaux précoces sont au cœur des théories du développement social, mais leurs déterminants précis — compétences motrices, cognition sociale, qualité des interactions avec le soignant — et leur spécificité selon le destinataire n’ont jamais été documentés.
Une distinction entre l’aide dirigée vers le parent ou « le proche habituel » et celle dirigée vers un inconnu :
- ces expériences montrent que l’imitation des comportements maternels est le principal moteur de l’aide envers la mère. Plus les mères « modélisent » le comportement d’aide, plus les nourrissons aident leur mère, cependant ce lien ne se transfère pas naturellement au comportement d’aide envers un inconnu.
- L’aide envers un adulte inconnu est davantage associée à la capacité du nourrisson à comprendre les buts d’autrui (empathie) et à ses expériences de réponses à ses propres besoins ;
Le développement moteur joue un rôle transversal dans l’émergence des comportements d’aide mais si les nourrissons manifestent une disposition générale à se comporter de manière prosociale envers parents ou soignants et inconnus, ils mobilisent des capacités différentes selon le destinataire.
Quelles implications ? Pour les familles et les éducateurs de la petite enfance, ces résultats suggèrent qu’impliquer les nourrissons dans des routines partagées, leur montrer comment aider et répondre de façon sensible permet de soutenir leur tendance naturelle à aider autrui. Ainsi, le comportement prosocial précoce est façonné par les schémas d’interaction sociale et par des compétences individuelles — développement moteur et cognition sociale —, ces facteurs différant selon le type d’aide et le destinataire.
Source: Child Development May 13, 2026 DOI : 10.1093/chidev/aacag022 Developmental pathways of infant helping toward caregivers and unfamiliar adults: A longitudinal study
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