
Les microplastiques dans les sols pourraient modifier le génome microbien et menacer la stabilité des écosystèmes, conclut cette équipe de scientifiques et de biologistes de l’Université agricole de Shenyang, dans la revue Environmental and Biogeochemical Processes.
Les microplastiques sont aujourd’hui largement reconnus comme des polluants des océans et des cours d’eau, mais de plus en plus de données confirment aussi une pollution via les sols. Cette nouvelle recherche met en lumière comment les particules de plastique microscopiques qui s’accumulent dans les sols peuvent altérer les gènes microbiens qui contrôlent des fonctions écosystémiques essentielles, affectant la production alimentaire, les processus climatiques et la santé environnementale.
Les sols constituent en effet aujourd’hui d’importants réservoirs de microplastiques, car les plastiques provenant des films agricoles, du compost, des boues d’épuration et des dépôts atmosphériques s’y accumulent au fil du temps. Une fois présentes dans les sols, ces particules ne se contentent pas de persister mais interagissent avec les micro-organismes du sol avec des implications, dont
une modification des processus génétiques qui régulent le cycle des nutriments et la stabilité des écosystèmes.
L’étude est une revue de la littérature récentes montrant que :
- les microplastiques peuvent modifier les gènes microbiens liés aux transformations du carbone et de l’azote, 2 processus qui contrôlent la fertilité des sols et les émissions de gaz à effet de serre ;
- les modifications de ces gènes peuvent perturber la façon dont les micro-organismes décomposent la matière organique, fixent l’azote et libèrent des gaz tels que le dioxyde de carbone et l’oxyde nitreux (ou protoxyde d’azote).
-
les microplastiques ne sont pas de simples fragments inertes dans le sol
- mais agissent comme des agents écologiques qui remodèlent l’activité génétique microbienne, ce qui influencer le fonctionnement des sols et leur résilience face au changement climatique ;
- les microplastiques peuvent favoriser la propagation des gènes de résistance aux antibiotiques
- dans les écosystèmes du sol : les particules de plastique offrent des surfaces où les micro-organismes forment des biofilms, qui peuvent concentrer les bactéries résistantes et favoriser les échanges de gènes ;
- outre leurs effets sur le sol en général, les microplastiques influencent des environnements spécifiques tels que le système digestif des organismes du sol. Les vers de terre, les nématodes et d’autres animaux ingèrent des particules de plastique, modifiant ainsi les gènes microbiens de leur microbiote intestinal. Ces organismes étant essentiels aux réseaux trophiques du sol, les changements qui en résultent peuvent se répercuter en cascade sur l’ensemble des écosystèmes.
Et le réchauffement climatique ? Des facteurs environnementaux tels que le réchauffement climatique, la sécheresse et l’augmentation du dioxyde de carbone risquent d’amplifier ces effets. Le changement climatique et la pollution par les microplastiques pourraient interagir de manière à intensifier les perturbations de l’expression des gènes microbiens et du cycle des nutriments.
De telles interactions pourraient accélérer les émissions de gaz à effet de serre ou réduire la productivité des sols agricoles.
Les auteurs appellent donc à des études de terrain à long terme et à l’utilisation de techniques avancées telles que la métagénomique, l’imagerie et le traçage isotopique afin de mieux comprendre comment les microplastiques influencent les gènes microbiens dans des conditions environnementales réelles.
Alors que la production de plastique continue d’augmenter à l’échelle mondiale, ces résultats soulignent l’importance de prendre en compte les sols au même titre que les océans dans les efforts de gestion de la pollution plastique.
Source: Environmental and Biogeochemical Processes 12 Feb, 2026 DOI:10.48130/ebp-0026-0003 Effects of microplastic on soil ecosystems: a perspective from functional genes
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