
L’hypertension (HTA) affecte le cerveau bien plus tôt qu’on ne le pensait, alerte cette équipe de neuroscientifiques de la Weill Cornell Medicine (New York). Cette étude préclinique, publiée dans la revue Neuron, l’hypertension altère les vaisseaux sanguins, les neurones et la substance blanche du cerveau avant même la hausse mesurable de la pression artérielle. Ces altérations contribuent à expliquer pourquoi l’hypertension est bien un facteur cérébrovasculaire de risque majeur de troubles cognitifs, tels que le déclin cognitif vasculaire et la maladie d’Alzheimer.
Parmi les grandes conclusions, l’hypertension (HTA) pourrait induire des modifications précoces de l’expression génique dans les cellules cérébrales individuelles, susceptibles d’affecter la pensée et la mémoire. Ces découvertes suggèrent le développement de médicaments permettant à la fois de réduire la pression artérielle et de prévenir le déclin cognitif.
On sait que les patients hypertendus présentent un risque 1,2 à 1,5 fois plus élevé de développer des troubles cognitifs, mais on ignore les mécanismes sous-jacents à cette augmentation du risque. Bien que de nombreux médicaments antihypertenseurs actuels parviennent à abaisser la pression artérielle élevée, ils n’ont que peu ou pas d’effet sur les fonctions cérébrales. Ceci suggère que
des altérations des vaisseaux sanguins pourraient causer des dommages,
indépendamment de l’hypertension.
Les auteurs principaux, les Dr Costantino Iadecola, directeur du Feil Family Brain and Mind Research Institute, professeur de neurosciences et de neurologie au Weill Cornell et Anthony Pacholko, chercheur en neurosciences au Weill Cornell, précisent : « Nous constatons que les principales cellules responsables des troubles cognitifs sont affectées seulement 3 jours après l’induction d’une hypertension chez notre modèle,
et avant même que la pression artérielle n’augmente ».
Un phénomène qui dépasse la simple dérégulation de la pression artérielle
L’étude suit de précédentes recherches ayant découvert que l’hypertension affecte globalement le fonctionnement des neurones et exploite les nouvelles technologies unicellulaires pour décrypter les mécanismes à l’œuvre dans les différents types de cellules cérébrales, au niveau moléculaire. Les chercheurs ont d’abord induit une hypertension chez des souris, en leur administrant l’hormone angiotensine qui augmente la pression artérielle. Puis ils ont examiné l’impact de l’HTA sur différents types de cellules cérébrales 3 jours plus tard puis à 42 jours. Ces analyses révèlent que :
- à 3 jours, l’expression génique a subi des modifications importantes dans 3 types de cellules : les cellules endothéliales, les interneurones et les oligodendrocytes ;
- les cellules endothéliales, qui tapissent la surface interne des vaisseaux sanguins, ont vieilli prématurément, présentant un métabolisme énergétique plus faible et des marqueurs de sénescence plus élevés ;
- des signes précoces d’affaiblissement de la barrière hémato-encéphalique, qui régule l’apport de nutriments au cerveau et empêche le passage de molécules nocives sont observés ;
- les interneurones, cellules cérébrales qui régulent l’équilibre des signaux nerveux excitateurs et inhibiteurs sont endommagés, entraînant un déséquilibre entre inhibition et excitation similaire à celui observé dans la maladie d’Alzheimer ;
- les oligodendrocytes qui entourent les fibres nerveuses de myéline n’expriment pas correctement les gènes responsables de leur maintien et de leur renouvellement. Or sans un nombre suffisant d’oligodendrocytes pour préserver l’intégrité de la gaine de myéline, les neurones finissent par perdre leur capacité à communiquer entre eux, ce qui est essentiel aux fonctions cognitives ;
- des modifications encore plus importantes de l’expression génique sont observées au 42e jour, coïncidant avec le déclin cognitif.
« L’ampleur des altérations précoces induites par l’hypertension est surprenante «
Comprendre comment l’hypertension affecte le cerveau aux niveaux cellulaire et moléculaire dès les premiers stades de la maladie ouvre des pistes pour bloquer la neurodégénérescence.
Quelles implications ? Le losartan, un médicament antihypertenseur déjà utilisé en clinique, inhibe le récepteur de l’angiotensine. Les données suggèrent que les inhibiteurs du récepteur de l’angiotensine pourraient être bénéfiques pour la santé cognitive. Ici, avec des expériences complémentaires, les chercheurs démontrent en effet que le losartan permet d’inverser les effets précoces de l’hypertension sur les cellules endothéliales et les interneurones chez la souris…
Source: Neuron 14 Nov, 2025 DOI : 10.1016/j.neuron.2025.10.018 Hypertension-induced neurovascular and cognitive dysfunction at single-cell resolution
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