OBÉSITÉ: La pauvreté, parent pauvre dans la prévention – American Journal of Preventive Medicine

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Il est difficile de lutter efficacement contre le surpoids quand on a des difficultés à payer son loyer, rappelle cette étude de l’Université Concordia (Montréal), qui a porté sur des données américaines représentatives. Le manque d’argent s’il n’est pas le seul facteur en cause, vient brouiller les messages de prévention actuels. Les conclusions de l’étude, présentées dans l’American Journal of Preventive Medicine appellent à mieux prendre en compte ce facteur dans les messages de prévention du surpoids et les recommandations de perte de poids

 

Les deux tiers de la population américaine sont en surpoids ou obèses, mais les groupes de population qui vivent dans la pauvreté sont touchés de manière disproportionnée. Si 30% à 50% des Américains déclarent tenter de perdre du poids, certaines stratégies s’avèrent contre-productives. C’est ce que suggère cette étude sur l’association entre le revenu et la perte de poids.

 

Les chercheurs ont analysé les données de revenu, de poids d’un échantillon représentatif de 5.643 participant à la National Health and Nutrition Examination Survey sur la période 1999-2010 et estimé, en fonction de différentes variables les probabilités de recourir aux différentes stratégies de perte de poids. Parmi ces stratégies,

         les stratégies « cohérentes » : pratique de l’exercice, limitation des apports en graisses et en sucre, alimentation variée…

         les  » incohérentes  » : sauter des repas, jeuner, prendre des médicaments de perte de poids sans surveillance….

Les facteurs de confusion (sexe, âge, origine ethnique, niveau d’éducation, surpoids ou obésité) ont été pris en compte.

L’analyse montre que,

         les jeunes (8-19 ans) et les adultes avec faible revenu du ménage sont respectivement 33% et 50% moins susceptibles d’avoir recours à des stratégies cohérentes et de suivre les recommandations de perte de poids, respectivement.

         Les jeunes de ménages à faibles revenus sont même 2,5 fois plus susceptibles d’utiliser des stratégies contradictoires.

 

Les personnes à faible revenu vont choisir le court terme: L’auteur, Lisa Kakinami, chercheur à l’Université de Concordia et auteur principal de l’étude, explique que plutôt que de modifier leurs habitudes alimentaires ou de faire régulièrement de l’exercice, les personnes à faible revenu ont tendance à choisir la facilité et à prendre des pilules amaigrissantes, ce qui peut entraîner un effet inverse à long. Les ménages aux revenus plus élevés vont tenter de réduire leur apport en graisses et en sucre ou à faire de l’exercice.

Alors que la publicité minceur cible des consommateurs en mesure de payer pour des régimes alimentaires, des repas spéciaux ou un abonnement à une salle de sport, que ce sont les personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté qui sont les plus susceptibles d’être en surpoids ou obèses. Stress, insécurité alimentaire, facteurs socio-économiques réduisant l’accès aux aliments frais, manque de sommeil, troubles bucco-dentaires, tous ces facteurs ne sont pas toujours pris en compte dans les politiques publiques. Les auteurs appellent ici à revoir les recommandations et les messages de prévention pour ces groupes socio-économiques défavorisés :  » Les recommandations sur les moyens à prendre pour perdre du poids sont peut-être trop éloignées des préoccupations des gens qui peinent à joindre les deux bouts« .

 

Des recommandations peu appliquées chez les groupes les plus à risque d’obésité : Car si ces stratégies sont bien connues de tous, leur application demeure limitée chez les personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté. L’analyse montre que la préférence va alors aux méthodes qui procurent le sentiment d’un résultat immédiat, mais qui ne fonctionnent pas à long terme et finissent par être nocives. Ainsi, les plus jeunes de catégories socio-économiques défavorisées font moins d’exercice et vont sauter des repas pour tenter de perdre du poids.

 

La multitude d’études menées sur l’obésité ne suffit pas à renverser la tendance, écrivent les auteurs,  qui, dans un communiqué de l’Université, réclament un changement en profondeur de santé publique  » Toutes les études sur le surpoids se brouillent sans doute dans l’esprit des gens. C’est peut-être le moment de prendre du recul et d’évaluer ce que les gens savent et comprennent de l’obésité et de la perte de poids « .

 

Source: American Journal of Preventive Medicine June 2014 DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.amepre.2014.01.022

Trying to Lose Weight: The Association of Income and Age to Weight-Loss Strategies in the U.S. (Visuel© thodonal – Fotolia.com)

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