ALCOOL: En faire goûter un peu à son enfant, une expérience anodine? – Alcoholism: Clinical & Experimental Research

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Cette étude a regardé les effets d’antécédents à l’enfance, entre 8 et 10 ans, de  » l’initiation  » à l’alcool. Si faire siroter ou déguster un peu d’alcool à son enfant, exceptionnellement, peut sembler une expérience ludique et sans conséquences, une précédente étude avait associé cette approbation parentale à un risque accru de comportements à risques plus tard, à l’adolescence. Cette nouvelle étude de l’Université de Pittsburgh ne retrouve pas cette association dégustation-comportements à risques mais réfute totalement cette expérience comme une préparation à la "socialisation" voire une stratégie de protection parentale. Les conclusions, publiées dans la revue Alcoholism: Clinical & Experimental Research s’accordent surtout sur l’importance de l’exemple donné par les parents.

 

Siroter voire déguster exceptionnellement une gorgée d’une boisson alcoolisée à l’enfance est considéré comme une sorte d’initiation inoffensive dans de nombreuses familles. Cette petite expérimentation requiert évidemment l’approbation voire une proposition des parents. Elle implique donc chez l’enfant la perception d’un environnement familial favorable à la consommation d’alcool. Mais dans quelles limites pour l’enfant ? De précédentes recherches ont suggéré que de telles expériences à l’enfance, dans un contexte familial favorable, sont prédictrices de comportements négatifs à la fois dans l’adolescence et à l’âge adulte, tels que l’abus d’alcool et la dépendance, l’usage de drogues illicites, la délinquance, les comportements sexuels à risque, les accidents de véhicules à moteur, les problèmes d’études ou professionnels.

 

D’autant que ce type d’initiation n’est pas rare. John E. Donovan, professeur agrégé de psychiatrie et d’épidémiologie à l’Université de Pittsburgh évoque plusieurs enquêtes qui suggèrent que siroter ou déguster un peu d’alcool est très fréquent chez les enfants de moins de 12 ans : Cette nouvelle étude le confirme, 66% des enfants à l’âge de 12 ans et 33% à l’âge de 8 ans ont déjà goûté ou bu une boisson alcoolisée et 7% des 12 ans en ont même déjà  » absorbé  » un verre entier.

 

Alors quelles conséquences ? Si de précédentes études ont associé des conséquences négatives à l’initiation précoce à l’alcool, ici, les chercheurs à partir des données de consommation de 452 enfants (238 filles, 214 garçons), âgés de 8 ou 10 ans, et de leurs familles constatent que,

·         les enfants qui ont bu ou testé de l’alcool avant 12 ans déclarent que leurs parents sont plutôt favorables à cette expérience et plus susceptibles d’être des buveurs eux-mêmes, ce que d’ailleurs les parents confirment.

·         Le comportement des enfants qui ont bu ou testé de l’alcool avant 12 ans ne diffère pas de celui des autres enfants et l’étude n’identifie pas de troubles particuliers à l’adolescence, tels que l’alcoolisme, la consommation de cannabis ou d’autres drogues, la délinquance ou des comportements sexuels à risques.

 » Siroter  » exceptionnellement durant l’enfance n’apparaît donc pas comme un problème en soi et ne peut être interprété comme un indicateur précoce de futurs troubles du comportement.

 

Cependant la culture familiale compte ! L’expression de l’approbation des parents et leur consommation parentale d’alcool généralement plus élevée favorisent, selon les auteurs, un type comportement  » alcool friendly  » dans un sens plus général. « Les parents et l’école sont les sources les plus probables d’influence sociale sur la consommation d’alcool chez les enfants« , expliquent les auteurs. « Si les enfants ne voient pas chez leurs parents une forte désapprobation, ils seront plus susceptibles de faire un premier pas vers la consommation d’alcool. Si les parents boivent devant leur enfants, ils seront plus enclins à boire ou goûter de l’alcool et à renouveler l’expérience".

 

Bref, initier les enfants même avec une gorgée ne doit pas être considéré comme un moyen de les protéger. L’initiation, combinée à l’exemple des parents peut dans certains contextes, favoriser des effets à long terme sur le comportement de l’enfant vis-à-vis de l’alcool.

 

Source: Alcoholism: Clinical & Experimental Research 26 AUG 2014 DOI: 10.1111/acer.12517 Antecedent Predictors of Children’s Initiation of Sipping/Tasting Alcohol (Visuel © Robert Kneschke – Fotolia.com)

Lire aussi: ALCOOL: Pourquoi les parents doivent montrer l’exemple

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3 commentaires pour l'article “ALCOOL: En faire goûter un peu à son enfant, une expérience anodine? – Alcoholism: Clinical & Experimental Research”

  1. Agroculteur dit :

    Il y a déjà pas mal d’année, une étude canadienne avait montré que la découverte des boissons alcoolisées par les enfants dans un cadre structuré (famille par exemple) était bénéfique par rapport à la découverte « entre pairs », dans des conditions de transgression et de clandestinité. Ces enfants étaient moins portés à l’ivresse et à l’alcoolisme ensuite.
    Cela a amené le Canada à mettre en place un programme Educalcool (très différent des approches prohibitrices des pays scandinaves et anglo-saxons, générateurs de binge-drinking) : voir site http://educalcool.qc.ca
    A noter que la Canada est le seul pays occidental à avoir réussi à contenir le développement de ce phénomène chez les jeunes. Et que l’Italie, seul pays européen où l’on continue couramment à faire goûter du vin aux enfants à table, est celui où les jeunes sont les moins tentés par l’ivresse (20% contre 79 % au Danemark !). Une recherche européenne est en cours sur ce modèle.
    Vous dites que boire « exceptionnellement durant l’enfance n’apparaît donc pas comme un problème en soi et ne peut être interprété comme un indicateur précoce de futurs troubles du comportement » : ce serait même donc, au-delà, un indicateur de moindre troubles ultérieurs, et donc un moyen de les protéger : personnellement, je trouve irresponsable de laisser aux autres enfants le soin d’initier les vôtres ! Car c’est ce qui se passe sinon : 75 % des enfants ont touché à l’alcool dès l’âge de 15 ans (est sans doute pas loin de 100 % à 18 ans), la grande majorité en France l’ayant fait « entre pairs ».
    J’ai eu ainsi un voisin alcoolique qui interdisait à son fils collégien de boire la moindre goutte. N’empêche que celui-ci, dès la sixième, faisait partie des quelques collégiens qui allaient boire en cachette des packs de bière…
    Comme le dit le site Educalcool, le plus important reste en effet l’exemple donné par les parents : « les enfants ont tendance à imiter les comportements des gens qu’ils aiment et admirent, particulièrement ceux de leurs parents. Vos habitudes de consommation annoncent celles qu’ils adopteront plus tard. Si la consommation fait partie de vos habitudes tant sociales que gastronomiques, vos jeunes grandiront en sachant que cela est naturel et se fait dans un climat de détente et de plaisir ».

    • Bonjour,

      Pour faire écho à votre commentaire, accédez aux dernières actualités sur l’alcool.

      Cordialement,

      • Agroculteur dit :

        j’ai bien vu tous cs articles, dont la plupart établissent les différents dégâts causés par lmes excès d’alcool.

        C’est bien pour cela qu’il faut s’attacher à protéger au maximum nos pré-ados de ces dangers, et l’approche canadienne comme italienne semble porter plus de fruits que les approches prohibitrices, vers lesquelles malheureusement la France se dirige de plus en plus, avec l’augmentation concommittante du binge drinking…

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